Les États-Unis font face à une « urgence en matière de droits humains » avant la Coupe du monde, selon Amnesty International
Dans un nouveau rapport sur la Coupe du monde 2026, Amnesty International affirme que les États-Unis font face à une « urgence en matière de droits humains » et décrit l’ICE comme une « menace inquiétante » pour les supporters et même pour « les joueurs eux-mêmes ». L’organisation avertit également que les sévères restrictions à la liberté d’expression et aux manifestations pacifiques dans les trois pays hôtes menacent le tournoi « sûr, accueillant et inclusif » promis par la Fifa.
Le rapport, intitulé « L’humanité doit gagner : défendre les droits et lutter contre la répression lors de la Coupe du monde 2026 de la FIFA », s’inscrit dans la continuité de travaux similaires sur les tournois précédents et se concentre principalement sur les États-Unis de Donald Trump, en particulier sur les politiques anti-immigration, d’autant que la majeure partie du tournoi s’y déroulera. Il évoque néanmoins aussi la répression des manifestations au Mexique et au Canada, ainsi que d’autres enjeux.
Amnesty affirme que « l’urgence en matière de droits humains » se caractérise par « des politiques migratoires discriminatoires, des détentions de masse et des arrestations arbitraires menées par des agents masqués et armés de l’ICE, de l’Agence américaine des douanes et de la protection des frontières (CBP) et d’autres services ».
Outre les difficultés que certains supporters pourraient rencontrer pour entrer aux États-Unis afin de soutenir leurs équipes, le rapport estime que les communautés immigrées sont exposées à des risques lors de leurs déplacements ou rassemblements pour les matches.
Seules quatre des 16 villes hôtes ont jusqu’à présent publié des plans relatifs aux droits humains, et aucune ne s’est encore exprimée sur la protection contre le contrôle de l’immigration, Amnesty soulignant que Dallas, Houston et Miami ont toutes signé des « accords problématiques permettant aux forces de l’ordre locales de collaborer avec l’ICE ».
Les supporters de la Côte d’Ivoire, d’Haïti, d’Iran et du Sénégal ne pourront pas se rendre aux États-Unis ni y entrer, sauf s’ils disposaient de visas valides avant le 1er janvier 2026, en raison des restrictions de voyage imposées par l’administration Trump. Amnesty ajoute que d’autres supporters sont exposés à une « surveillance intrusive », avec des propositions visant à obliger les visiteurs à rendre leurs comptes sur les réseaux sociaux accessibles pour vérification et filtrage de « l’antiaméricanisme ».
« Malgré le nombre stupéfiant d'arrestations et d'expulsions, ni la FIFA ni les autorités américaines n'ont fourni la moindre garantie que les supporters et les communautés locales seront à l'abri du profilage ethnique et racial, de raids indiscriminés ou de détentions et expulsions illégales », a déclaré Steve Cockburn, responsable de la justice économique et sociale à Amnesty International. Il a également rappelé que le gouvernement américain a expulsé plus de 500 000 personnes du pays en 2025 — « soit plus de six fois le nombre de personnes qui assisteront à la finale de la Coupe du monde au MetLife Stadium ».

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Amnesty International se dit préoccupée par les arrestations menées par des agents de l’ICE ainsi que par les restrictions au droit de réunion pacifique aux États-Unis (AFP via Getty Images)
« La hausse record des arrestations et expulsions illégales n’a été possible qu’en raison de l’érosion des garanties d’une procédure régulière, portant atteinte aux droits à la liberté et à la sécurité de centaines de milliers de migrants et de réfugiés. Ces politiques ont déchiré des communautés et instauré un climat de peur à travers les États-Unis. C’est une période profondément préoccupante aux États-Unis, qui touchera certainement aussi les supporters souhaitant prendre part aux célébrations de la Coupe du monde. »
Le Mexique a par ailleurs mobilisé 100 000 membres des forces de sécurité, y compris l’armée, en réponse au niveau élevé de violence, ce qui, selon Amnesty, accroît les risques pour les manifestants. Parmi eux figurent des militantes qui prévoient une manifestation pacifique pour le match d’ouverture à l’Estadio Azteca, à Mexico, afin de réclamer vérité, justice et réparation après la disparition de leurs proches. Au Canada, l’impact des Jeux olympiques d’hiver de Vancouver 2010 et l’aggravation de la crise du logement ont ravivé les craintes de voir les personnes sans-abri de nouveau déplacées et davantage marginalisées. Le 15 mars, les autorités de Toronto ont fermé un centre hivernal de réchauffement accueillant des personnes sans-abri, le site ayant été réservé à l’avance pour une utilisation par la Fifa.
Les Coupes du monde étant souvent au centre de manifestations — en particulier dans un contexte de fortes tensions liées au conflit en cours dans le Golfe et entre Israël et la Palestine —, Amnesty estime qu’il existe aussi un risque de répression des protestations, les trois pays hôtes ayant tous connu des « restrictions au droit à la liberté d’expression et de réunion pacifique ».

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Amnesty International estime qu'une action urgente est nécessaire dans les trois pays hôtes pour que la Fifa organise une Coupe du monde où chacun se sente en sécurité, inclus et libre d'exercer ses droits
Le rapport indique que l’administration Trump a ciblé des étudiants étrangers nés hors des États-Unis qui protestaient contre les actions israéliennes à Gaza, tandis que des citoyens américains « protestant contre des opérations musclées de contrôle de l’immigration et les surveillant ont été tués par des agents fédéraux ».
Entre-temps, au Canada, des manifestations sur Gaza ont été « indûment dispersées ou évacuées par la police ».
Le Mexique a également connu une série de manifestations liées à la Coupe du monde, des habitants dénonçant les perturbations de l’approvisionnement en eau, l’accès aux terres, la hausse des coûts et la gentrification liés au développement des infrastructures dans les villes hôtes. Amnesty craint que la « nature militarisée de la mobilisation sécuritaire du Mexique pour le tournoi n’entraîne le risque d’une répression de nouvelles manifestations ».
L’instance estime finalement qu’une « action urgente » est nécessaire pour concrétiser l’engagement de la Fifa en faveur d’un tournoi où chacun « se sent en sécurité, inclus et libre d’exercer ses droits ».