La Ligue des champions n’a aucune importance pour les Spurs, mais l’Atlético de Madrid incarne leur réalité alternative
Pour Tottenham Hotspur, ce retour souligne un sentiment d’occasions manquées. Les Spurs retrouvent l’Espagne pour la première fois depuis la finale de la Ligue Europa en mai, qui a mis fin à 17 ans sans trophée, de nouveau au Metropolitano, où ils espéraient en 2019 remporter la Ligue des champions pour la première fois de leur histoire.
Et pourtant, d’une certaine manière, il pourrait s’agir du match le moins important de leur saison. Une crise bien plus profonde entoure Tottenham. L’Atlético de Madrid peut incarner une réalité alternative pour eux : un club qui a lui aussi connu des expériences malheureuses en finales de Ligue des champions, qui termine généralement derrière les superclubs de son propre pays, mais qui reste néanmoins un habitué de la compétition continentale la plus prestigieuse et la plus lucrative.
Pour Tottenham, il est probable qu’il s’agisse de son dernier match de Ligue des champions avant longtemps. Les soirées européennes en milieu de semaine pourraient alors être remplacées par des affiches du type de celles programmées ailleurs ce mardi : Portsmouth-Swansea, Millwall-Derby, Wrexham-Hull — à moins que l’un de ces clubs ne prenne sa place en Premier League.

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Tottenham s’est effondré ces derniers mois (AFP/Getty)
Désormais, une élimination serait bien moins douloureuse qu’une relégation. Nommé pour redresser le bilan de plus en plus inquiétant d’Ange Postecoglou, vainqueur de la Ligue Europa, en Premier League, Thomas Frank a en revanche prospéré en Ligue des champions, aidé par un calendrier particulièrement clément.
Dans d’autres circonstances, Tottenham pourrait apparaître comme favori pour éliminer l’Atlético, d’autant plus qu’il a terminé dix places devant lors de la phase de ligue.
Voir les Spurs à la quatrième place aurait pu apparaître comme l’aboutissement réussi de la présidence de Daniel Levy, Tottenham s’étant installé parmi les grandes puissances, dépassant son statut, même si ce classement ne s’accompagnait d’aucune récompense.
Et pourtant, cela ressemble désormais à un exploit sans réelle portée : inutile de regarder de haut le Real Madrid, Barcelone ou le Paris Saint-Germain au classement — les Spurs auraient surtout intérêt à voir au moins l’un de Leeds, Nottingham Forest ou West Ham dans leur rétroviseur à la fin du mois de mai.

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Les meilleurs moments de Tottenham cette saison sont venus en Ligue des champions (Reuters)
Le match le plus important de leur mois de mars ne sera ni l’une des deux manches contre l’Atlético, ni le déplacement de dimanche à Liverpool, leurs bourreaux lors de la finale 2019, mais la rencontre de la semaine suivante face à Forest. Pour l’infortuné Igor Tudor, la question pourrait être de savoir s’il sera encore sur le banc. Ce rendez-vous pourrait constituer un match sans réelle pression pour un entraîneur toujours sans victoire dans ses nouvelles fonctions, qui se souviendra que son avant-dernier résultat dans son précédent poste était une défaite 1-0 à Madrid — certes contre le Real — et qui peut craindre que l’histoire ne se répète.
Ainsi, des clubs qui pouvaient sembler comparables apparaissent finalement comme des opposés. Tudor est le 10e entraîneur de Tottenham durant l’ère Diego Simeone à l’Atlético. Il y aura sans doute un 11e puis un 12e ; son ancien coéquipier en sélection argentine, Mauricio Pochettino — l’homme qui a conduit Tottenham au Metropolitano en 2019 — pourrait être moins enclin à s’engager dans un calendrier susceptible d’inclure le Kassam Stadium la saison prochaine.
L’Atlético bénéficie de stabilité, d’un stade flambant neuf et de revenus de la Ligue des champions réinvestis dans l’effectif. C’est ce que Tottenham espérait devenir. Depuis sa défaite en finale de la C1 en 2016, l’Atleti a atteint les quarts de finale à quatre reprises. De son côté, depuis la finale de 2019, les Spurs n’ont connu que deux éliminations démoralisantes dès les huitièmes de finale de la principale compétition continentale.

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Igor Tudor ne semble pas parti pour s’inscrire dans la durée à la tête de Tottenham
Si les 400 M€ dépensés par Simeone au cours des 20 derniers mois n’ont pas tous apporté le succès, Tottenham lui a au moins permis de récupérer son investissement sur Conor Gallagher. Sur la même période, les Spurs ont dépensé davantage pour régresser de manière alarmante.
Pour Gallagher, toujours sans victoire sous le maillot blanc des Spurs, les débuts européens avec son nouveau club se font face à l’ancien. De son côté, Cristian Romero effectue son retour après une suspension nationale de quatre matches contre le club qui semblait intéressé par son recrutement l’été dernier. Romero pourrait correspondre au profil classique d’un joueur de Simeone, mais David Hancko, le défenseur central recruté par l’Atlético à sa place, n’a reçu qu’un seul carton jaune cette saison. Une leçon pourrait s’imposer à Romero.
Si l’Argentin et Micky van de Ven ont été des piliers du sacre en Ligue Europa la saison dernière, ils se retrouvent cette fois après avoir, fait remarquable, tous deux été expulsés lors de leur dernière apparition — alors qu’ils portaient le brassard de capitaine. Van de Ven sera donc forfait pour le déplacement à Anfield dimanche. L’attachement de Tudor au 3-4-3 rend par ailleurs très incertain le fait que Romero et Van de Ven soient associés au Metropolitano.

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Cristian Romero et Micky van de Ven feront leur première apparition depuis leur expulsion (Getty)
Mais si ce lieu symbolise l’endroit où le projet de Mauricio Pochettino aurait pu atteindre son apogée — et où il a, au contraire, sans doute amorcé son déclin — il s’agit d’une affiche chargée de résonances lointaines. Porté par les buts de Jimmy Greaves et emmené par son capitaine Danny Blanchflower, Tottenham avait battu l’Atlético 5-1 en finale de la Coupe des vainqueurs de coupe en 1963. Les deux équipes ne se sont plus affrontées depuis, alors qu’en s’inscrivant à la Super Ligue, elles envisageaient des confrontations annuelles.
Dans un autre contexte, il serait pertinent de rappeler que la finale de la Ligue des champions 2027 se jouera au Metropolitano. Les seules victoires de Tottenham en 2026 ont été obtenues en Europe, et leur unique moyen de retrouver la Ligue des champions est de la remporter.
Même les plus optimistes auraient eu du mal à nourrir de tels espoirs. Sept ans après leur unique finale de la Coupe d’Europe, dix mois après leur premier trophée européen depuis 1984, une hypothèse est que leur prochaine finale se joue lors des play-offs du Championship.