Cristian Romero a-t-il demandé à Igor Tudor de remplacer Antonin Kinsky lors de la soirée cauchemardesque de Tottenham à Madrid ?
Difficile de savoir qui est sorti le plus meurtri des 17 minutes de folie de Tottenham au Metropolitano. Était-ce Antonin Kinsky, le gardien qui a offert la qualification à l’Atlético de Madrid, tentant de s’en sortir au milieu du chaos tel un personnage de Buster Keaton alors que tout s’effondrait autour de lui ? Ou Igor Tudor, l’entraîneur impitoyable qui a jeté Kinsky dans le grand bain pour ses débuts en Ligue des champions, avant de le retirer lorsque le choix s’est retourné de manière spectaculaire ?
Kinsky ne se débarrassera jamais de ce fardeau. Chaque interview qu’il accordera, chaque portrait de l’homme, prendra ce nadir comme point de référence pour la suite — qu’il s’agisse d’une chute définitive hors du football d’élite ou d’une ascension héroïque vers le sommet du jeu.
S’exprimant sur CNN, un Peter Schmeichel furieux a estimé que Tudor avait « complètement détruit » la carrière du joueur de 22 ans. Pourtant, la réalité pourrait être inverse. Kinsky pourrait un jour jouer pour les Spurs sous un autre entraîneur, aussi improbable que cela paraisse aujourd’hui. En revanche, Tudor semble condamné par ce fiasco, son mandat prenant fin après quatre matches, encore plus désastreux que ce qui l’avait précédé.

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Cristian Romero réconforte Antonin Kinsky alors que le gardien quitte le terrain (AFP/Getty)
C’est Tudor qui a composé l’équipe. C’est Tudor qui a effectué peut-être le remplacement le plus humiliant de l’histoire de la Ligue des champions. Et c’est encore Tudor qui a choisi d’ignorer Kinsky lorsqu’il a quitté le terrain en détresse. Par quelques applaudissements empreints de compassion, les supporters de l’Atlético de Madrid ont fait preuve de plus de soutien envers le gardien que l’entraîneur des Spurs.
Puis, au lendemain de la défaite 5-2 de Tottenham, une vidéo a émergé laissant entendre que Tudor avait été encouragé par son capitaine à effectuer le changement. On y voit Cristian Romero se diriger vers l’entraîneur, debout sur la ligne de touche, après le troisième but de l’Atlético, offert à Julian Alvarez par Kinsky à la suite d’une passe manquée dans sa propre surface.
Romero a glissé quelques mots à l’oreille de Tudor, qui s’est aussitôt tourné vers le banc des Spurs pour signaler, par le geste universel, qu’un changement était nécessaire. Quelques instants plus tard, Kinsky a été remplacé par Guglielmo Vicario, le gardien numéro un de Tottenham cette saison.
Interrogé après le match pour savoir si Romero lui avait demandé de remplacer Kinsky, Tudor a répondu par la négative. Il a ajouté : « Nous n’avons pas besoin de commenter. Nous n’avons pas besoin de trop parler. J’ai expliqué à Toni [Kinsky], en discutant aussi après, qu’il est l’homme qu’il faut et un bon gardien. Malheureusement, ces erreurs sont arrivées lors de ce grand match. »
Ce n’est pas le premier extrait gênant à émerger ces dernières semaines. Une autre vidéo prise dans les tribunes, lors de la défaite 4-1 de Tottenham dans le derby du nord de Londres, semblait montrer Micky van de Ven ignorant les consignes de Tudor sur la ligne de touche. Tudor a démenti cette interprétation et il convient de rappeler que ces vidéos, généralement filmées par des supporters et mises en ligne sur les réseaux sociaux sous forme de séquences zoomées et sans contexte, doivent toujours être regardées avec une saine dose de scepticisme quant à ce qu’elles montrent réellement.

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Igor Tudor tourne le dos lors de la victoire autoritaire de l’Atlético de Madrid (Getty)
L’extrait vidéo ne raconte peut-être pas toute l’histoire. Tudor avait peut-être déjà demandé à Vicario de se tenir prêt avant de parler à Romero. Ils évoquaient peut-être autre chose, comme la possibilité de jouer en gardien-libéro en Ligue des champions. Une chose est sûre : Tudor a hérité d’un poste ingrat, où personne n’a réussi à s’inscrire dans la durée depuis Mauricio Pochettino. Reprendre une équipe en plein milieu de saison est une mission peu enviable dans un club qui semble de plus en plus construit en papier mâché.
Mais le récit qui s’est rapidement imposé autour de Tudor est impossible à ignorer. Le Croate semble dépassé : dans la gestion de son effectif, dans ses choix, et dans son système à cinq défenseurs, systématiquement mis en difficulté par les adversaires. Kinsky pourra peut-être revenir un jour, mais Tudor, lui, paraît difficilement capable de s’en relever.