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Comment William Saliba et Gabriel, à Arsenal, sont devenus la charnière centrale idéale : l’entraîneur dont l’influence en coulisses a été déterminante et le rôle clé que ce duo imposant joue aux deux extrémités du terrain

Défendre 40 yards de terrain. Casser les lignes du milieu par des passes incisives. Battre le pressing. Marquer sur coups de pied arrêtés.

Les exigences imposées au défenseur central moderne ont augmenté de manière exponentielle par rapport à l’époque du simple « stopper et dégager ». Les défenseurs d’autrefois en frémiraient sans doute, tant leur capacité à tacler et à dégager constituait, jusqu’à récemment, le principal baromètre d’évaluation.

À Arsenal, ils disposent sans doute de la paire de défenseurs centraux la plus complète d’Europe. William Saliba et Gabriel savent tout faire, et à un niveau remarquable.

Sous la direction de Mikel Arteta, ils sont passés d’un partenariat prometteur à un duo pratiquant le football total. Une véritable antithèse des critiques visant l’entraîneur et son équipe sur le style de jeu et la dépendance aux coups de pied arrêtés. Tout découle de la philosophie de l’Espagnol sur l’ensemble du terrain, axée sur le contrôle plutôt que sur l’esthétique.

Et le contrôle, à la base, commence avec les défenseurs centraux. Avec Saliba et Gabriel, Arsenal dispose du duo idéal de défenseurs centraux modernes : des relanceurs de qualité, à l’aise balle au pied et efficaces sur coups de pied arrêtés dans les deux surfaces.

Toutes compétitions confondues cette saison, ils totalisent cinq buts et six passes décisives. Cela comprend notamment la tête puissante de Gabriel dans le temps additionnel face à Newcastle en septembre, décisive pour une victoire cruciale en début de saison, ainsi que la finition de Saliba contre Chelsea ce mois-ci, sur une remise de Gabriel au second poteau.

Arsenal possède sans doute la charnière centrale la plus complète d’Europe. Gabriel (à gauche) et William Saliba excellent dans tous les aspects du jeu, à un niveau remarquable.

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Ce qui les distingue vraiment des paires de défenseurs centraux traditionnelles, ce ne sont pas les buts ou les passes décisives, mais la qualité de la relance, née de leur aisance à s’avancer au milieu de terrain.

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Ce qui les distingue réellement des associations traditionnelles de défenseurs centraux, ce ne sont pas les buts ou les passes décisives, mais la qualité de la relance. Cela tient à leur aisance à se projeter dans le milieu de terrain.

Saliba est le joueur d’Arsenal ayant réussi le plus de passes en championnat jusqu’à présent (1 519 en 24 matches). Il devance Declan Rice (1 507 en 29 rencontres) et Martin Zubimendi (1 442 en 30) malgré un nombre de matches inférieur. À l’échelle du championnat, Saliba se classe 10e, derrière Virgil van Dijk (Liverpool), leader avec 1 976.

Le Français a également réussi 533 passes dans le camp adverse, contre 488 pour Gabriel, ce qui place le duo aux quatrième et cinquième rangs à Arsenal. Seuls Rice, Zubimendi et Jurrien Timber en ont effectué davantage. Les deux joueurs figurent aussi dans le top 15 des défenseurs pour le nombre de passes réalisées tous clubs confondus cette saison.

La qualité technique balle au pied du duo d’Arsenal s’est illustrée à plusieurs reprises cette saison et est devenue un élément clé. Le mois dernier face à Tottenham, Saliba s’est montré impressionnant dans la relance, cherchant à sauter le milieu de terrain grâce à des passes tranchantes vers des joueurs comme Eberechi Eze et Leandro Trossard.

De la même manière, face à Chelsea le 1er mars, Gabriel a tenté plusieurs passes longues, au sol comme aériennes, dans la course de Viktor Gyökeres.

Le phénomène est encore plus marqué en Ligue des champions, où les adversaires d’Arsenal se montrent souvent plus offensifs et laissent des espaces à exploiter.

Sur le terrain d’entraînement d’Arsenal, ce schéma est travaillé de longue date. Le club est conscient que, face à des adversaires qui défendent très bas cette saison, l’implication des défenseurs centraux dans la construction du jeu est essentielle.

L’entraîneur Gabriel Heinze a exercé une influence majeure. L’Argentin, qui a remplacé l’adjoint sortant Carlos Cuesta l’été dernier, a pour mission d’insuffler une mentalité de vainqueur à la ligne défensive, fort de ses titres en Premier League avec Manchester United et en Liga avec le Real Madrid.

Saliba s’est montré impressionnant dans sa distribution contre Tottenham le mois dernier, cherchant à sauter le milieu de terrain avec des passes en profondeur vers des joueurs comme Eberechi Eze et Leandro Trossard.

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Gabriel se montre souvent plus direct, en jouant régulièrement des ballons longs vers l’attaquant d’Arsenal Viktor Gyökeres (au centre), par exemple

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Il a également travaillé avec les défenseurs centraux sur le jeu à la relance, en s’appuyant sur son expérience de joueur aux côtés de Rio Ferdinand, Nemanja Vidic et Fabio Cannavaro. Saliba, par exemple, passe de plus en plus de temps balle au pied depuis deux mois, afin d’attirer les équipes plus haut sur le terrain.

Pour autant, les deux défenseurs d’Arsenal se distinguent clairement : l’un cherche davantage le dribble que l’autre. Lorsque Saliba se projette balle au pied, il provoque une rotation au milieu de terrain qui déséquilibre l’organisation adverse. Ces quelques mètres de déformation du bloc offrent la demi-seconde dont Eze ou Bukayo Saka ont besoin. Gabriel, en revanche, cherche constamment la passe longue dans l’axe ou attire un milieu avant de relâcher le ballon au moment de l’impact.

Des adversaires autrefois très agressifs au pressing hésitent désormais. Un pressing trop intense et Saliba casse la ligne balle au pied. Un bloc plus bas, et Gabriel trouve des passes verticales dans les intervalles. C’est une forme discrète de domination territoriale, d’autant plus importante que la structure positionnelle d’Arsenal libère souvent ses défenseurs centraux lors des premières phases de la construction.

Sur les ailes, notamment sur Saka, les adversaires mettent souvent un marquage à deux, ce qui offre davantage de solutions à Saliba et Gabriel pour progresser.

Ce qui rend la paire encore plus remarquable, c’est à quel point elle se distingue de la majorité des défenseurs centraux, en Premier League comme ailleurs en Europe. En Angleterre, le profil traditionnel du stoppeur reste largement axé sur la puissance physique, avec une moindre participation au jeu de construction. En Europe, en revanche, les défenseurs centraux sont souvent plus à l’aise techniquement, mais évoluent dans des blocs défensifs plus bas, ce qui limite la nécessité de couvrir de grands espaces dans leur dos.

Le duo d’Arsenal n’a pas ce luxe. L’approche agressive d’Arteta les oblige souvent à défendre de vastes espaces en phase de transition, notamment lorsque les latéraux rentrent à l’intérieur et que le milieu monte.

Le calme de Saliba balle au pied lorsqu’il s’avance au milieu de terrain évoque davantage celui d’un meneur de jeu en retrait que d’un défenseur traditionnel, tandis que Gabriel allie agressivité physique et volonté de tenter des passes verticales ambitieuses que beaucoup de défenseurs centraux éviteraient.

Évidemment, cela comporte des risques. Les rares pertes de concentration de Saliba — à l’image de cette passe mal ajustée qui a mis Zubimendi sous pression et conduit à l’ouverture du score de Manchester United lors de la victoire 3-2 à l’Emirates en janvier — illustrent la ligne de crête sur laquelle il évolue.

Saliba célèbre le premier but de son équipe contre Chelsea ce mois-ci avec Gabriel, passeur décisif

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Saliba et Gabriel ne sont pas simplement de solides défenseurs dans une bonne équipe : ils sont les piliers structurels d’un collectif parfaitement construit

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De la même manière, Gabriel a commis des erreurs, notamment face à Bournemouth, lorsqu’une mauvaise relance a été interceptée par le buteur Evanilson. Ces situations rappellent que même les meilleurs défenseurs centraux peuvent payer le prix de leur style proactif.

Au final, il s’agit d’une association qui conjugue les exigences physiques de la Premier League et ses attentes techniques. Peu d’équipes disposent d’un défenseur capable d’assumer ces deux rôles ; Arsenal en compte deux.

Alors que les Gunners poursuivent leur quête du quadruplé, l’attention se porte souvent sur la fluidité de l’attaque ou le dynamisme du milieu de terrain. Pourtant, les fondations se trouvent derrière. Saliba et Gabriel ne sont pas simplement des défenseurs solides dans une bonne équipe : ils sont les piliers structurels d’un collectif bien bâti.

Les défenseurs centraux modernes doivent tout faire. À Arsenal, ils le font.

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